Pas de thème cette année, mais une volonté forte de vous présenter l’actualité de la bio, notamment celle entourant l’homologation du mot « biologique ».
Savez-vous que Nature et Progrès, comme les mentions Demeter, Biocohérence, Les Simples… n’ont plus le droit d’utiliser le mot « biologique » ? Car nous n’adhérons pas au système certificateur proposé par l’Etat, avec l’intervention externe d’un tiers salarié, car nous n’avons pas le même cahier des charges que le label AB.
C’est ce que nous revendiquons. Et nous vous expliquerons pourquoi.

 

Lançons le débat…

Petit partage d’une chronique à ce sujet que nous avions tenue sur r d’autan, dans la « Virgule Nature et Progrès » hebdomadaire:

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Depuis 1991, le règlement européen n°834/2007 interdit de faire usage des termes « biologique », « éco » et « bio » pour définir ou promouvoir un produit agricole ou alimentaire qui ne respecte pas les règles de production et de contrôle.
Pour dire « bio » donc, il faut une certification par un organisme agrée sur la base de cahiers des charges du règlement européen. Le droit de la consommation française « protège » (ah. AH.) ainsi le consommateur par une réglementation sur les étiquetages.

Ce qui veut dire que certaines mentions, comme Nature et Progrès, Demeter, Les Simples, ne peuvent plus utiliser ce terme pour qualifier leurs produits depuis début 2015.
Elles ont souhaité conserver leur autonomie et  fonctionnement participatif en contradiction avec la norme  MFEN 45011 des organismes certificateurs, par ex le label AB.

Et nous avons quelques raisons de croire que cette réglementation sur les étiquetage n’est pas la plus stricte qu’il soit: la coexistence de productions bio et non bio sur les parcelles est autorisée, la taille des élevages n’est pas limitée, leur alimentation est à 95% certifiée bio, tout comme la composition des produits transformés, on peut y retrouver 0.9% de contamination OGM … , la démarche biologique globale n’y est pas obligatoire. 

 

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De plus, certaine structure ne peuvent pas financièrement s’ »offrir » le label (les transformateurs qui paient un certificat à chaque recette par exemple) car la facture s’élève vite à des centaines voire milliers d’euros. Exit les petites structures qui tenaient encore bon!
En parallèle, certains d’entre eux ne bénéficient pas des aides de la PAC, ce qui permet à d’autre – GROS avantage du label AB – de se distinguer sur les marchés, sans frais.
Ce que l’on appelle de façon certes provocatrice le « copyright du bio » cristallise les enjeux financier de cette filière. Vive la mafia du bio!

Graduellement vidé des exigences écologiques, des finalités globales et citoyennes qui ont présidé à sa création en 1991, le label AB pourrait bientôt se résumer à un simple contenu technique, des cases à cocher, et une industrialisation de plus en plus poussée vers le même modèle économique éprouvé et éprouvant qui mise sur le « capital Naturel », la productivité et les rendements.

Le pire, c’est que l’agro-industrie peut elle, librement, parler de « Biocontrôle ».
La  Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraude  (DGCCRF ) distribue d’ailleurs généreusement des avertissements, suivis d’enquêtes et d’amendes aux plus récalcitrants.

Cet achat de mot veut protéger les consommateurs de potentielles dérives comme par exemple les produits «Bio de Danone » qui n’ont de bio que leur pub! Mais il encourage également d’autres dérives…

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Ce procédé n’est pas sans rappeler celui de l’agriculture dite « raisonnée »(terme acheté depuis le printemps 2002 où des décrets et arrêtés parus au Journal officiel ont officialisé le contenu de sa démarche et son dispositif de qualification), ou encore celui des AOC/AOP

Comment faire alors pour expliquer aux consommateurs, que certains produits sont
biolo..biiiip?

Tout d’abord insister sur l’agriculture paysanne, locale, la réflexion d’un nouveau projet de société avec des alternatives respectueuses du vivant. Ceci, versus, la “bio-économie” et son vocabulaire marketing des alternatives.

Car comme nous avions déjà vu dans une chronique précédente sur ce thème, les visions économiques de la nature « markété » par la DGCCRF ne servent pas les pratiques agro-écologiques paysannes mais cherchent à ouvrir de nouveaux marchés aux multinationales qui en profitent pour redorer leur image. Ces alliances et l’agriculture qu’elles dessinent ne portent pas nos ambitions de justice sociale, mais au contraire en sapent les bases.

 

« Le drapeau de l’agro-écologie y est brandi dans le seul but de consolider une politique agricole à vocation majoritairement exportatrice, ainsi que sa volonté de « produire plus »,  y compris à des fins énergétiques !
En continuant de travailler avec les protagonistes du modèle agricole industriel, il ne contribue qu’à verdir une agriculture qui élimine les paysans et standardise toujours plus l’alimentation.

Merci le bio du label AB,  adieu les variétés anciennes et autres fruits oubliés, tant pis pour les goûts, les recettes et les artisanats qui disparaissent dans des bourses aux cours vertigineux!

Les « services écosystémiques » sont marchandisés, la « biomasse » sauvage et cultivée est confisquée par des droits de propriété intellectuelle.

La nature est mise sous brevet !  »

local

Copyright, brevabilité du vivant, droit de marque, marque enregistrée, mention, droit d’auteur.. à vos dico !

 

… Et merci aux excellentes illustrations de Bio Bourgogne Association etBénédicte Moret, et leur guide « Arguments pour les bio sceptiques »! Retrouvez les autres ici!

Bien sûr vous pourrez retrouver cette chronique sur la radio R d’autan ici.

biosceptiques

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